Un chiffre, une frontière, un casse-tête : 606. Derrière cet article du Code civil se joue, pour des millions de locataires et de propriétaires, la bataille feutrée des murs. Pas ceux qu’on élève pour séparer, mais ceux qu’il faut réparer, entretenir, défendre, au prix parfois d’interprétations acrobatiques et de discussions sans fin.
L’article 606 du Code civil confie les réparations majeures au propriétaire, laissant au locataire la charge de l’entretien courant. Aucun inventaire précis pour chaque intervention : tout se joue dans les contrats de location, rarement favorables au locataire. Très vite, la répartition des charges tourne alors au casse-tête, où la moindre infiltration fait débat.
Le syndic de copropriété peut s’inviter dès qu’il s’agit de murs porteurs ou de parties communes, rebattant la donne et redistribuant les responsabilités. L’assurance habitation, de son côté, complique encore la lecture : selon le contrat souscrit, la distinction entre dégâts pris en charge et entretien à assurer se brouille, au détriment de la simplicité.
Comprendre la notion de “murs” dans la location : de quoi parle-t-on vraiment ?
Dans le contexte d’une location, les murs, ce ne sont pas seulement les cloisons décoratives. On parle aussi des murs mitoyens avec les voisins, des parois qui séparent les pièces, des supports pour revêtements, ou même de la structure porteuse du logement. On distingue ainsi, d’un côté, les biens immobiliers, murs, toits, charpentes, et de l’autre, les éléments mobiles qui ne relèvent pas du même régime.
Le propriétaire se doit d’assurer la solidité et la pérennité de la structure, gérer les gros travaux, préserver l’immeuble dans son ensemble. Le locataire, lui, prend en charge l’entretien courant : nettoyer, entretenir les surfaces, ou remettre en état la peinture. Bail, état des lieux, texte de loi : tout contribue normalement à tracer la frontière, mais les situations concrètes forcent à nuancer.
Quelques situations concrètes servent de repère :
- Repeindre une cloison, reboucher des trous légers, c’est au locataire de s’y atteler.
- Ressouder une fissure importante, intervenir sur la maçonnerie après un sinistre, cela incombe au propriétaire.
La prise en charge dépend donc de l’origine du désordre. Usure naturelle, malfaçon, sinistre ou dégradation volontaire : le partage des responsabilités s’ajuste. Une trace d’humidité ou une infiltration dans la structure relève du propriétaire, tandis que le nettoyage ou la remise en peinture reste un exercice pour le locataire.
Le contrat, l’état des lieux et la vigilance au quotidien s’avèrent essentiels. À chaque signalement, chaque intervention, ce sont les bases du dialogue entre propriétaire et locataire qui se redessinent. C’est sur cette frontière, souvent floue, que repose la sérénité de chacun.
Locataire ou propriétaire : qui prend en charge l’entretien et les réparations ?
Un logement mis en location, c’est un binôme : locataire et bailleur, chacun avec ses rôles. Le contrat de location fixe les premières balises : entretien régulier côté locataire, sorties de fonds pour les réparations lourdes côté propriétaire.
Pour donner consistance à cette différence, voici quelques tâches assumées classiquement par le locataire : remplacer les joints, entretenir les dispositifs prévus dans le bail, rafraîchir les peintures, changer les ampoules, nettoyer la ventilation. En somme, des actes qui maintiennent le logement en bon état, jour après jour.
Mais dès que l’on parle de vétusté, vice de construction ou de sinistre extérieur à l’usage normal, la main passe au propriétaire. Un mur porteur fissuré, une chaudière en panne ou une infiltration d’eau conséquente exigent l’intervention du propriétaire. La notion d’usage anormal du logement peut renverser la charge : si la négligence du locataire provoque un dommage, à lui d’en assumer les suites, selon l’état des lieux.
La frontière se trace au fil du texte légal, du contrat et de l’observation assidue. Pour éviter les conflits, rien ne vaut une définition claire des tâches lors de la signature du bail, et un état des lieux rigoureux à chaque étape.
Ce que dit la loi : article 606 du Code civil, copropriété et assurance
L’article 606 du Code civil sert de repère général : tout ce qui touche à la structure même du bâti, y compris les murs porteurs, reste à la charge du propriétaire. Cette répartition vaut pour les maisons individuelles et les appartements en copropriété. Parmi les éléments concernés : murs, charpente, voûtes, poutres, escaliers et parties majeures du bâtiment.
En copropriété, la règle distingue le privé du commun. Tout ce qui relève de la structure et des murs porteurs touche souvent les parties communes, tandis que les cloisons intérieures appartiennent à la partie privative du propriétaire. Un mur endommagé par une infiltration, s’il appartient aux parties communes, fait intervenir la copropriété, non le locataire.
La responsabilité financière dépend à la fois du statut du mur, de l’origine des dégâts et du type d’assurance. Le locataire peut être couvert par une assurance multirisque habitation pour les dommages à l’intérieur, mais dès qu’il s’agit de la structure, c’est l’assurance du propriétaire, ou celle de la copropriété, qui intervient.
Lorsque survient un dégât des eaux important ou un incendie dans un immeuble, la convention entre assureurs (appelée convention IRSI) organise la prise en charge et accélère le traitement des sinistres. Un réflexe à avoir : déclarer toute anomalie sans délai, garder des traces précises, et s’appuyer sur les états des lieux pour limiter les mauvaises surprises.
Éviter les litiges : droits, devoirs et conseils pratiques pour chaque partie
Comprendre la frontière des responsabilités
S’imposer une bonne gestion des charges entre locataire et propriétaire relève parfois du défi. Certains dommages, humidité, remontée capillaire, infiltration d’eau, sont régulièrement à la source de désaccords. Le propriétaire se charge de la structure, de la réparation de tout défaut résultant de l’usure, d’un vice de construction ou du temps. Le locataire, lui, veille à l’entretien quotidien et doit signaler toute fuite, toute dégradation aussitôt qu’elle surgit.
Pour limiter les conflits, ces réflexes s’imposent :
- Remonter tout désordre repéré sur un mur : tache d’humidité, début de fissure, odeur suspecte, trace de suintement.
- Conserver trace écrite de chaque signalement ou échange, que ce soit dans un dossier partagé ou via courrier recommandé.
- En cas de doute, faire appel à un professionnel pour déterminer l’origine d’une infiltration ou d’un dommage.
Quand le dialogue se tend
Si la discussion s’enlise et que les positions se crispent, il existe une voie amiable : la commission départementale de conciliation propose une médiation gratuite et rapide. Ce recours permet de trancher sur l’interprétation des responsabilités liées à l’état des murs, le partage des réparations ou les obligations au contrat. La voie de la médiation reste toujours préférable à la judiciarisation, les accords y trouvant souvent une application plus sereine.
Anticiper les tensions, c’est aussi multiplier les visites régulières, étayer chaque état des lieux, et privilégier l’honnêteté dans les échanges. Quelques réflexes simples peuvent suffire à garantir la paix au quotidien.
À l’heure où chaque mur peut peser sur un budget ou faire naître un différend, le choix d’un signalement rapide, la précision des échanges et le respect des devoirs partagés font souvent la différence entre une crise et un équilibre réel.

