Vous avez peut-être déjà vu un poseur combler le vide entre une fenêtre et le mur avec une bombe de mousse polyuréthane. Le geste paraît logique : la mousse gonfle, remplit l’espace, durcit en quelques minutes. Le problème, c’est que cette pratique est formellement proscrite par les textes qui encadrent la pose de menuiseries en France, aussi bien en construction neuve qu’en rénovation.
Comprendre pourquoi suppose de regarder ce qui se passe réellement dans ce joint au fil du temps, et ce que les normes exigent à cet endroit précis du bâti.
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Mousse expansive et DTU 36.5 : ce que dit le texte de référence
Le DTU 36.5 est le document technique unifié qui fixe les règles de mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures en France. Il décrit trois fonctions que le calfeutrement (le joint entre le dormant et la maçonnerie) doit assurer simultanément : étanchéité à l’eau, étanchéité à l’air et isolation thermique.
La mousse polyuréthane expansive ne figure pas parmi les matériaux admis pour remplir ces trois fonctions. Le DTU mentionne trois types de calfeutrement conformes : le mastic sur fond de joint, la bande imprégnée comprimée et la membrane d’étanchéité. Chacun de ces systèmes a été testé pour garantir une tenue dans la durée face aux variations de température, aux mouvements du bâti et à la pression du vent.
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Pourquoi la mousse ne passe-t-elle pas ce filtre ? Parce qu’elle se rétracte en vieillissant. Une mousse expansive, une fois durcie, perd progressivement de son volume. Ce retrait crée des micro-espaces entre le dormant et le mur, exactement là où l’eau et l’air ne doivent pas passer.
Position de l’UFME : un bannissement explicite depuis 2019
L’Union des fabricants de menuiseries (UFME) a publié en 2019 une position professionnelle qui va au-delà d’une simple mise en garde. Le texte demande de bannir la mousse expansive comme matériau de calfeutrement, y compris lorsqu’elle est utilisée en complément d’un autre système.
L’argument est technique : même en appoint, la mousse expansive ne permet pas de garantir dans le temps la continuité de l’isolation et de l’étanchéité exigées par le DTU 36.5 et par la réglementation thermique en vigueur. Cette position a été réaffirmée après 2020 et reste la référence dans les documents techniques du secteur.
Autrement dit, un poseur qui utilise de la mousse polyuréthane, même partiellement, s’écarte de la pratique reconnue par la profession.
Contrôles RE2020 et test d’infiltrométrie : où la mousse fait défaut
Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, les bâtiments neufs doivent respecter des seuils stricts de perméabilité à l’air. Un test d’infiltrométrie (porte soufflante) mesure les fuites d’air de l’enveloppe. Les fenêtres sont l’un des points sensibles de cette enveloppe.
Vous avez déjà remarqué un courant d’air froid autour d’une fenêtre en hiver ? C’est exactement ce que le test d’infiltrométrie cherche à quantifier. Des retours de bureaux d’études thermiques et de contrôleurs techniques indiquent que les poses réalisées avec mousse expansive sont plus souvent recalées lors de ces contrôles.
Le défaut se localise typiquement au niveau du joint périphérique, là où la mousse s’est rétractée. Le résultat : une dégradation de la performance globale du bâtiment qui complique l’atteinte des niveaux de consommation réglementaires.
Ce qui se passe concrètement après quelques années
Les rapports de sinistralité d’assureurs spécialisés et de réseaux d’experts bâtiment montrent, depuis 2020, une hausse marquée de plusieurs types de désordres sur les chantiers où la mousse a été utilisée :
- Infiltrations d’air et d’eau au niveau des tableaux et des rejingots, provoquant des traces d’humidité visibles à l’intérieur
- Apparition de moisissures autour du dormant, signe d’un pont thermique et d’une condensation locale
- Dégradation prématurée des dormants en bois, accélérée par l’humidité piégée entre la mousse et le bâti
Ces sinistres ont une conséquence directe sur l’assurance décennale. Un poseur dont le chantier présente un défaut lié à la mousse expansive risque un refus de prise en charge, puisque la mise en œuvre ne respecte pas le DTU.
Calfeutrement conforme : les trois solutions admises par le DTU 36.5
Si la mousse est exclue, que met-on à la place ? Le DTU 36.5 reconnaît trois systèmes, chacun adapté à un contexte de pose :
- Mastic sur fond de joint : un cordon de mastic (silicone, polyuréthane ou acrylique selon le support) appliqué sur un fond de joint en mousse à cellules fermées. Le fond de joint calibre l’épaisseur du mastic et évite qu’il n’adhère sur trois faces
- Bande imprégnée comprimée : une bande pré-comprimée qui se dilate une fois posée pour combler le jeu entre dormant et maçonnerie. Elle assure à la fois l’étanchéité à l’eau et la ventilation du joint
- Membrane d’étanchéité : un film ou une bande collée qui assure la continuité du pare-vapeur côté intérieur et la protection contre l’eau côté extérieur

Le choix entre ces systèmes dépend du type de support (béton, bois, parpaing, isolation extérieure), de la largeur du jeu périphérique et de l’exposition de la façade. Un jeu trop large (au-delà de quelques centimètres) complique la mise en œuvre de la bande imprégnée et oriente plutôt vers un mastic sur fond de joint.
Rénovation : pourquoi la mousse y est tout autant proscrite
En rénovation, la tentation est encore plus forte. Le bâti ancien présente souvent des jeux irréguliers entre le dormant neuf et la maçonnerie existante. La mousse expansive semble alors être la solution rapide pour combler des espaces de forme variable.
Le DTU 36.5 s’applique pourtant de la même façon en rénovation. La position de l’UFME ne fait aucune distinction entre neuf et rénovation sur ce point. Les mêmes exigences d’étanchéité à l’air et à l’eau s’appliquent, et les mêmes défauts apparaissent dans le temps.
Un point mérite attention : la fixation mécanique du dormant reste obligatoire. La mousse expansive, même si elle semble tenir la fenêtre en place, n’est pas un système de fixation. Le dormant doit être vissé ou chevillé dans la maçonnerie. La mousse ne remplace ni la fixation ni le calfeutrement.
Lors d’un remplacement de fenêtres, vérifier la méthode de calfeutrement prévue par le poseur fait partie des points à contrôler avant de signer un devis. Un professionnel qui mentionne l’utilisation de bande imprégnée ou de mastic sur fond de joint travaille dans les règles.
Celui qui reste vague sur ce sujet ou qui sort une bombe de mousse le jour du chantier s’expose à une pose non conforme. Les conséquences portent à la fois sur la garantie décennale et sur la performance thermique du logement.

